1ère étape  :   la montée à Chencha

 

 

Mercredi 18 novembre : une étape très dure

Etape 1.jpg (18703 octets)Le soleil brille dans un ciel bleu avec de gros nuages sur les montagnes, vestiges de l’orage de la nuit passée, lorsque nous nous réveillons le mercredi matin. Très vite nous allons prendre notre petit déjeuner afin de ne pas partir en pleine digestion pour ce qui s’annonce comme l’étape reine du raid : 1800 m de montée sur une quinzaine de kilomètres. Les machines sont prêtes, les hommes motivés et les dames sur le point d’aller faire quelques achats afin d’assurer la subsistance le long du trajet.

photo40.jpg (11631 octets)Nous partons tôt afin de fournir le maximum d’effort avant que le soleil tape trop fort à la mi-journée. Les trombes d’eau de la veille ont laissé quelques traces dans la boue rouge et les flaques de la piste qui part de l’hôtel. Plusieurs jeunes cyclistes nous accompagnent en ville. Le téléphone de brousse a marché cette nuit, ils veulent tous voir ces fous de faranjis décidés à monter à Chencha, village perché tout là-haut dans la montagne à 3000 m. Tous sans exception nous disent que la montée est impossible, mais leur jugement est basé sur l’utilisation de leurs vélos chinois mono-vitesse avec des roues de 26". Ils ne connaissent pas la fonctionnalité d’un VTT parfaitement adapté à ce genre de montée.

 

 

 

photo11.jpg (8284 octets)Nous reprenons la piste de l’aéroport qui traverse toute la plaine côtière du lac Abaya. Nous tentons d’éviter les nombreuses flaques boueuses sous une lumière pures d’après-orage, l’abondante végétation tropicale prenant des couleurs magnifiques et denses. Après une quinzaine de kilomètres nous atteignons un bout de route asphaltée qui nous mènent au pied des montagne et de la piste qui ne va pas cesser de monter jusqu’à notre but.

 

 

 

 

La montée infernale

photo10.jpg (8639 octets)Après un dernier briefing à un carrefour où nous retrouvons le 4x4, les filles qui ont fait le plein de provisions et de boissons (12 litres en tout) et une trentaine de jeunes et d’enfants qui nous entourent avec curiosité, nous entamons la montée sur une large piste récemment rénovée après la saison des pluies mais qui est recouverte de cailloux et de gravier qui nous secouent durement. La chaleur est pénible et la pente de plus de 15%.

photo42.jpg (10825 octets)Les nombreuses personnes qui descendent vers les villages de la pleine en portant de lourdes charges sur la tête s’arrêtent pour nous voir passer en souriant et parfois en demandant quelques birr ou des bonbons. Les enfants sont particulièrement collants, nous accompagnant sans grands efforts sur des centaines de mètres en quémandant sans arrêt. C’est très dur psychologiquement pour nous qui aimerions être seuls et tranquilles pour pouvoir gérer notre effort.

Au fur et à mesure que nous nous élevons dans la montagne la vue est de plus en plus impressionnante. Nous dominons toute la plaine de cette partie de la vallée du Rift et les lacs Abaya et Chamo. Arba Minch apparaît dans le lointain et les montagnes qui nous dominent encore largement nous font comprendre que l’effort à fournir sera terrible. Les filles et le 4x4 nous attendent régulièrement le long de la piste pour nous fournir boisson, fruits et barres énergétiques. Nous sommes toujours très entourés par de nombreux enfants sortis des cases.

 

Un effort terrible

Au fil de la montée la végétation change rapidement. De tropicale humide dans la plaine, elle se transforme par paliers pour devenir assez semblable à ce que nous voyons parfois dans les Vosges ou dans le massif du Jura : des forêts de conifères, des genévriers géants en l’occurrence ici. Mais quelques bananiers, des eucalyptus, quelques bandes de singes et surtout de magnifiques oiseaux aux couleurs chatoyantes nous rappellent que nous sommes bien dans le sud de l’Ethiopie, vers 2000 m d’altitude, avec un soleil qui tape fort. Puis c’est de nouveau une végétation de pâturages humides et de champs cultivés avec des plantations d’inset, ou faux bananier, espèce endémique ici.

L’effort est terrible, j’ai un gros coup de pompe, peut-être la fringale ? Pourtant nous buvons de grandes quantités de liquide et mangeons régulièrement bananes et oranges riches en sucre. Les dames ont peur en me voyant, mais ma volonté est inébranlable : j’arriverai en haut en gérant bien mon effort. Serge et Claude souffrent moins, je dois m’arrêter pour récupérer à l’abri d’un gros rocher. La effets de la fatigue psychologique des derniers jours (tout AbyssiRaid repose sur mes épaules) se font sentir. Je me sens mieux et repars sur cette piste qui n’en finit pas, parfois avec une pente de 20% sous un soleil de plomb.

photo44.jpg (13029 octets)photo45.jpg (12394 octets)Après une dizaine de kilomètres de grimpée nous arrivons chez une potière qui nous montre ses réalisations à même le sol, puis chez des tisserands de l’ethnie Dorze, dont seuls les hommes produisent de superbes cotonnades de couleurs qui sont exportées jusqu’aux marchés d’Addis. Nous en profitons pour marchander du tissus et admirer la campagne environnante, aux nombreux champs très verts qui grimpent jusqu’aux sommets les plus escarpés.

Nous atteignons le village de Dorze où quelques étudiants parlant anglais nous entourent, nous pressant de questions sur notre matériel, notre origine, le but de notre voyage, nos impressions sur l’Ethiopie. Car les Ethiopiens sont très sensibles sur la façon dont les étrangers perçoivent leur merveilleux pays !

 

De riches pâturages

photo9.jpg (10094 octets)A partir de là la piste est meilleure, plus en terre qu’en cailloux. La pente est également moins forte. La proximité du but nous donne des ailes. Chencha est à 8 km. Les pâturages sont merveilleux, avec une herbes grasse et des troupeaux qui paissent sous la surveillance d’enfants. Les gens travaillant aux champs sont souriants et nous saluent de loin avec de grands gestes. De nombreux chevaux et des conifères ressemblant à des sapins nous font presque croire que nous sommes dans les Franches-Montagnes, ce haut-plateau du Jura suisse si typique. Nous sommes à 3000 m et la rarification de l’air commence à se faire sentir. Nous essayons de respirer lentement en dosant notre effort.

 

Chencha

Dans un contour, après 45 km et près de 2000 m d’élévation, nous voyons enfin Chencha devant nous, avec le véhicule 4x4 au milieu de la piste, tourné vers la descente. C’est que les filles sont parties en avant reconnaître les lieux et surtout l’hôtel annoncé comme "rustique". Mais à voir leur mine défaite et leur teint cireux nos pires craintes sont confirmées : les cases en pisé qui tiennent lieu d’hôtel local ont des chambres en terre battue avec des paillasses crasseuses posées sur un sommier fait de poutres grossières. Quant à la douche elle est purement et simplement inexistante, un saut d’eau est tout ce que nous pourrions obtenir.

Malgré la beauté du paysage qui nous entoure, les magnifiques cases de plus de 12 m de haut des Dorzes et le climat agréable de la montagne, c’est la mort dans l’âme que nous décidons de retourner à Arba Minch. L’étape prévue pour demain se fera donc maintenant, ce qui nous laissera une journée libre pour visiter la région.

 

Retour à la case départ

La descente s’annonce éprouvante après l’effort de la montée. C’est pourquoi je préfère monter dans le 4x4 avec les filles, plutôt que de prendre des risques dans mon état de fatigue actuel. Après un dernier coup d’oeil sur le village et la région, Serge et Claude laissent leur sac à dos dans le véhicule et commence la descente à toute allure. Les VTT tressautent terriblement et notre chauffeur Kadher a toutes les peines à suivre le rythme des deux descendeurs. Les pentes durement gravies sont avalées à 50 km/h. La moindre sortie de route pourrait être catastrophique. Après 35 minutes de ce régime nous retrouvons la route asphaltée de la plaine et nous arrêtons au milieu d’une centaine de personnes nous regardant d’un oeil incrédule : comment ces fous de faranjis ont-ils pu monter jusque là-haut et en redescendre en l’espace de si peu de temps ?

Ayant récupéré je remonte sur ma monture et tous les trois nous filons sur la piste de la plaine jusqu’à Arba Minch où nous pouvons enfin nous attabler dans une gargote pour y savourer une bonne bière largement méritée. Nous sommes sales, fatigués mais heureux de notre étape et contents de retrouver le confort relatif de notre hôtel et sa douche bienvenue.

Le soir nous admirons à nouveau le coucher de soleil sur le parc Nechisar depuis la terrasse du Bekele Mola en sirotant l’apéro, avant un copieux repas réparateur et une bonne nuit de sommeil.

Bilan du jour : 90 km
  + 1800 m

 

Journée de repos à Arba Minch

photo8.jpg (10584 octets)Aujourd’hui nous décidons de voyager en 4x4 et de nous reposer un peu en faisant du tourisme dans la région. Le matin nous tentons d’aller visiter un élevage de crocodiles, mais les hautes eaux du lac Chamo rendent l’accès à la ferme impossible. Même chose pour celui du lac Abaya. Nous en profitons pour suivre quelques pistes au bord du lac et observer des bandes de babouins qui se laissent approcher mais partent dès que nous sortons caméras et appareils de photo !

A midi nous déjeunons dans un petit restaurant local où les étrangers ne doivent pas être nombreux à s’arrêter. Au menu : émincé de boeuf grillé sur un brasero de charbon de bois, en plein air. Ambiance locale garantie.

 

 

photo7.jpg (12690 octets)photo47.jpg (13877 octets)En guise de sieste les trois garçons décident de descendre la pente sous l’hôtel et de rejoindre des sources d’eau chaude sous la canopée du parc national. Nous posons quelques jalons pour retrouver notre chemin à la montée. La marche dans la jungle est impressionnante et les nombreuses lianes nous pousseraient à nous prendre pour Tarzan. L’accès aux sources nous est refusé par un vieux fonctionnaire borné. Nous en profitons pour patauger dans la boue qui obstrue le chemin de retour, entourés de jeunes Ethiopiens qui se baignent dans la rivière et sont tout contents de rirent à nos dépens lorsqu’on enfonce jusqu’à la cuisse dans un mélange de terre et de végétaux. Ils nous raccompagnent même jusqu’à l’hôtel où nous leurs distribuons quelques plaques de chocolat suisse. Succès et remerciements garantis !

 

 

 

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