6ème étape  :   Tiya - Addis Abeba

 

 

Jeudi 26 novembre : une dernière étape très dure mais superbe

etape6.jpg (20312 octets)Une fois les bagages bouclés et les VTT sortis des chambres où nous les gardons à l’abri des tentations, nous sortons dans l’air très frais du matin. Il fait à peine quelques degrés au dessus de zéro. Nous retrouvons le petit restaurant d’Abo où la patronne nous prépare des omelettes, du pain frais encore chaud et un émincé de mouton, le tout arrosé d’un excellent thé aux épices. Et c’est avec émotion que nous prenons congé de ces gens si gentils et prêts à tout pour nous faire plaisir. Nous promettons que nous reviendrons un jour.

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photo23.jpg (12053 octets)L’étape du jour devrait être courte, mais la piste de plus en plus dure au fur et à mesure que nous nous rapprochons d’Addis Abeba va nous compliquer la tâche. Certains tronçons sont grossièrement pavés de gros cailloux irréguliers. Paris-Roubaix est un billard de velours à côté de ce que nous endurons. La concentration est extrême car la moindre inattention pourrait avoir des conséquences graves à la vitesse où nous roulons dans les descentes.

Les filles sont en avant dans le 4x4 lorsque nous arrivons à un embranchement qui domine toute la plaine de l’Awash. Nous sommes sensés prendre une petite piste pour aller visiter une église taillée dans le rocher à 10 km d’ici. Nous attendrons plus d’une heure avant de revoir le véhicule et nos accompagnantes inquiètes. Elles se sont renseignées au village voisin, l’église est fermée et les visites impossibles. Nous repartons donc après une bonne sieste réparatrice, car malgré les fourches téléscopiques les avant-bras encaissent de terribles secousses.

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photo22.jpg (14937 octets)Le fleuve Awash

On repart donc jusqu’à Melka Awash, qui devrait être notre étape du jour. 45 petits km depuis Tiya. Un immense pont enjambe le fleuve Awash à l’entrée de la ville. L’eau a creusé de profondes gorges et des chutes où l’eau coule en grondant. A quelques kilomètres d’ici les paléontologues ont découvert un site préhistorique mis à nu par l’érosion de l’eau : de grandes quantités d’ossements de plus d’un million d’années, de silex taillés, de bifaces et autres "couteaux" ont été mis à jour. Nous aimerions nous y rendre, mais le lieu est protégé et il est difficile d’y voir quelque chose sans un guide qualifié.

Les quelques gamins qui se proposent de nous y guider sont loin d’être compétents pour ce genre de d’expédition ! De plus les enfants sont très culottés, n’hésitant pas à ouvrir nos sacs et nos sacoches de selle. Habitués aux touristes qui viennent parfois depuis la capitale, ils n’arrêtent pas de demander de l’argent et de nous lancer des mots que Muna n’ose pas nous traduire… Comme nous sommes déjà passablement fatigués et que nous n’apercevons toujours pas l’hôtel qui devrait être là de l’autre côté du pont, l’ambiance se dégrade et l’énervement nous gagne. Malgré nos recherches nous devons nous rendre à l’évidence : il n’y a pas d’hôtel à Melka Awash !!!

 

photo21.jpg (8066 octets)Les derniers kilomètres sont les plus durs, mais les plus beaux !

Il ne nous reste plus qu’à boire un Coca dans un boui-boui local et à remonter sur nos montures pour tenter de gagner Addis avant la nuit. La métropole est encore à 45 km, il est 2 heures de l’après-midi, la nuit tombe brusquement à 6 heures et la piste poussiéreuse devient de plus en plus difficile ! Les filles aussi sont fatiguées car le 4x4 secoue son monde, malgré les talents de son conducteur Kadher.

photo20.jpg (10913 octets)Dans ces cas-là seule la force de caractère permet de surmonter les difficultés, il est nécessaire de puiser dans ses réserves et de sortir ses tripes. Le revêtement caillouteux et poussiéreux nous joue de vilains tours, cela devient glissant, la roue arrière chasse souvent et je me retrouve soudain à terre, victime de la seule chute de tout le raid. De plus les nuages soulevés par les véhicules qui nous croisent ou dépassent sont de plus en plus épais et pénibles à traverser ! Mais les paysages sont splendides dans cette lumière vive d’après-midi qui sature les couleurs. Nous nous arrêtons d’ailleurs souvent pour photographier et filmer.

Un dernier col terrible de 300 m d’élévation sur des galets ronds entrecoupés de bouts de lave tranchants comme des rasoirs nous pousse à nous surpasser. Le panorama au sommet est à couper le souffle : au sud toute la vallée de l’Awash, au nord les collines entourant Addis Abeba que nous commençons à apercevoir dans le lointain. Nous en sommes encore à près de 20 km. Nous nous battons pour arriver le plus vite possible sur la route asphaltée à Alem Gena. Nous n’avons jamais autant apprécié le goudron qu’en cet instant.

 

photo56.jpg (9442 octets)Addis Abeba, nous voilà

Malgré la circulation retrouvée, nous fonçons maintenant sur la route d’Addis en dépassant parfois les véhicules trop lents. Nous devons faire attention car nous sommes très fatigués et la concentration doit être maintenue jusqu’au bout. L’entrée dans les faubourgs se fait à près de 35 km/h, les gens s’écartent du bord de la route lorsqu’ils nous voient arriver. Le trafic est de plus en plus dense, les camions, les bus municipaux et les minibus crachent des nuages noirs qui nous coupent le souffle. Nous nous méfions des petits bus Toyota bleus et blancs qui s’arrêtent sans prévenir n’importe où au bord de la route pour charger des passagers. Ils nous font de superbes queues de poisson que nous tentons d’anticiper.

Nous traversons plusieurs barrages de police et de douane dans les faubourg. Les véhicules sont contrôlés pour éviter le trafic de charbon de bois et de benzine, ainsi que des armes légères à destination des rebelles chrétiens du Sud Soudan. Le Toyota de Kadher passe sans problèmes lorsque les policiers voient deux femmes blanches à l’intérieur.

Nous entrons dans la ville par Jimma Road, la grande artère des ambassades qui mène au centre économique de la capitale. Il est 17h00, les rues sont noires de monde et de nouveau nous ne passons pas inaperçus. Le 4x4 nous attend régulièrement aux grands carrefours. Nous traversons le Mercato et sa foule grouillante, ses odeurs puissantes et son trafic démentiel. Arrivés à un grand rond-point nous ne voyons pas le 4x4 et demandons notre chemin à un policier contrôlant la circulation à côté de sa vieille moto BMW. Tout d’abord nous ramassons un bon savon pour n’avoir pas respecté les règles. Quelles règles ?Je proteste en évoquant notre manque d’habitude de la circulation urbaine en tant qu’étrangers. La tension monte ! On en est presque aux insultes et au PV qui suivrait lorsque le fait de mentionner les 600 km depuis Arba Minch sans aucun problème change radicalement l’attitude du pandore qui devient d’un coup très amical : il nous indique le chemin avec précision, nous pourrions y aller les yeux fermés. L’arrivée de Muna qui s’inquiétait de ne pas nous voir règle définitivement le problème.

 

Arrivée en beauté

Nous repartons prudemment en grimpant les rues et retrouvons rapidement Arbeynoch Road, la grande route qui mène à notre hôtel. Les innombrables lycéens et écoliers qui sortent de plusieurs établissements scolaires forment de longues colonnes tout au long de cette voie fréquentée. Le jour tombe, la lumière est extraordinaire, les gaz d’échappement nous font suffoquer, mais nous pédalons rapidement au milieu des cris qui nous accompagnent.

L’arrivée à l’hôtel à 17h45 après une étape aussi dure est un régal : tout le personnel est là pour nous accueillir avec de grands sourires et des "salams" amicaux. Notre émotion est très forte et les larmes nous montent aux yeux.

 

Une bière bien méritée et un premier bilan

photo55.jpg (9813 octets)Avant de toucher à nos bagages et de reprendre nos chambres nous nous engouffrons tous au bar pour nous affaler dans les profonds fauteuils dont nos fondements meurtris apprécient particulièrement le moelleux ! Certains employés de l’hôtel n’en croient pas leurs yeux en nous regardant, tant nous sommes marqués par l’effort, la couche de poussière ne parvenant pas à cacher ni les marques sous nos yeux ni notre peau tannée par le vent et le soleil.

La bière panachée coule à flot et ce n’est qu’après plusieurs verres que nous parvenons enfin à calmer nos tremblements d’émotion. Nous avons le sentiment d’avoir réussi un sacré défi avec des sacrifices, des moments extrêmement intenses, des rencontres extraordinaires, des accompagnantes qui ont été formidables et qui nous ont aidés jusqu’à la dernière minute, un matériel qui ne nous a posé aucun problème,…

Bilan du jour : 90 km
  + 800 m

Nous retrouvons le confort de nos chambres avec délice et une douche particulièrement bienvenue. Inutile de dire que le dîner de ce soir-là a été particulièrement animé et arrosé…

 

Bilan physique du raid :

  • plus de 600 km

  • + 5000m d'élévation

  • en moyenne 86 km par étape

  • 31h 21' sur la selle

 

 

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