Arba Minch

 

Mardi 17 novembre : départ mouvementé

C’est le jour du grand départ pour le sud de l’Ethiopie. Réveil par un téléphone d’Ethiopian Airlines qui nous annonce dans un premier temps que nous pouvons enfin partir les six sur le vol d’Arba Minch. Puis nouveau téléphone peut après pour corriger l’annonce : une personne est toujours en liste d’attente et ne pourra partir que jeudi. C’est la mort dans l’âme que nous décidons d’éventuellement laisser Muna à Addis (elle vit dans sa famille ici) pour le début du raid. Inutile de dire que l’ambiance est un peu tendue lorsque nous débarquons dans le hall des vols domestiques de l’aéroport de Bolé.

photo13.jpg (9585 octets)La bonne fée Tirunesh est là pour nous accueillir. Nous enregistrons rapidement nos bagages. Nos VTT entiers, pédales et roue avant retirées, sont pris en charge avec beaucoup de précautions par un personnel respectueux et compétent. Puis les négociations parfois très tendues commencent entre Muna et Tirunesh d’un côté, les gens d’EA de l’autre. Nous comprenons rapidement pourquoi il y a problème lorsqu’une dizaine de touristes américains bardés de caméras et vestes safaris débarquent d’un bus pour prendre le même vol. Nous apprendrons plus tard que l’agence de tourisme qui les promène est très proche du gouvernement en place à Addis. D’où…

Pour finir Muna est autorisée à prendre le même vol que nous, au détriment d’autres Ethiopiens furieux de rester en rade à Addis. Ouf !!!

 

Le vol Addis - Arba Minch

Nous embarquons rapidement dans notre avion, un Twin Otter bi-turbopropulseur de 18 places, avec deux commandants de bord qualifiés sur Airbus A-320 aux commandes ! Ils sont contents de se défouler sur un petit coucou de brousse.

Le vol est parfait, en ligne droite sur 350 km. A 3000m la vue est superbe sur toute la région que nous allons remonter en dix jours. D’emblée nous sommes frappés par les cultures : tout le long de notre vol les terres sont entièrement cultivées, les champs sont assez bien ordonnés et on voit des fermes et des maisons partout. L’air chaud doit être agité, car l’avion bouge beaucoup à cette altitude. Au bout d’une demi-heure une collation est servie. Discussion avec le pilote qui nous explique la route suivie. Nous utiliserons les mêmes cartes américaines (Tactical Pilot Chart) que lui pour les étapes !

photo12.jpg (11893 octets)La descente vers l’aéroport d’Arba Minch se fait en frôlant les montagnes de 3000m où nous irons demain et en survolant le plus grand lac du sud de l’Ethiopie, le lac Abaya encore de couleur brune après la saison des pluies. La piste fait 2000 m (transports militaires obligent) et les bâtiments de l’aéroport minuscules ! La chaleur nous surprend dès la sortie de l’avion : partis d’Addis à 2400m et 23ºC, nous sommes ici à 1200 m, plus près de l’équateur et avec une chaleur humide de 32ºC. Les bagages et les VTT sont rapidement sortis de la soute et remontés sur le tarmac. Tout est en ordre et nous pouvons rejoindre le véhicule 4x4 qui est là au rendez-vous, conduit par notre chauffeur Kadher.

 

Premiers tours de roue dans le sud

photo38.jpg (9312 octets)Nous décidons de nous équiper et de rejoindre notre hôtel situé en haut de la falaise d’Arba Minch à VTT. Les quelques rares militaires et policiers venus spécialement pour l’avion bi-hebdomadaire sont stupéfaits par ces trois Blancs un peu fous avec leurs coups de soleil et qui se déshabillent en plein champ, pour enfiler ensuite de drôles de tenues bariolées et monter sur des vélos bizarres.

Tout est en ordre, les dames et les bagages dans le 4x4, les VTT réglés et les bikers prêts : l’aventure peu commencer ! Nous rejoignons rapidement la piste de terre longeant l’aéroport et tombons presque de nos montures en voyant passer devant nous un Ethiopien sur un grand vélo, portant sur le guidon un gros bidon en plastique contenant du kérosène pour la cuisine. Il va nous accompagner un moment, mais ses roues de 26" et son unique vitesse ne lui permettent pas de suivre notre train. Cette première rencontre si sympathique reste un véritable symbole pour nous : la rencontre de deux mondes si différents et pourtant si proches par leurs moyens de transport. Notre entrée dans la ville ne passe pas inaperçue, comme toutes les traversées de villes et de villages par la suite. Il faut dire que nous avons des allures d’extra-terrestres avec nos tenues de couleurs, nos casques à visière et nos montures du troisième millénaire. Les gens se précipitent au bord de la piste poussiéreuse pour nous voir passer.

photo39.jpg (9368 octets)Un autre jeune local monté sur le même type de vélo chinois nous rejoins et se propose de nous amener à l’hôtel par un raccourci. Nous prenons une piste transversale et traversons des champs et des ravins de terre rouge avant d’arriver sur le plateau de la partie haute de la ville d’Arba Minch.

 

Le calme avant la tempête

Notre hôtel est le Bekele Mola (une chaîne privée d’hôtels touristiques plus ou moins biens équipés selon les endroits). Celui-ci a des chambres simples avec eau courante et électricité, ce que nous rechercherons tout au long du raid. Pour des occidentaux peu habitués au confort spartiate des cases africaines, un minimum d’aisances est bien apprécié après une dure étape. Idéalement situé au bord de la falaise dominant la canopée du parc national Nechisar et les lacs Chamo et Abaya, l’hôtel a une magnifique terrasse où nous prenons de suite un apéro bien mérité après les tensions et les efforts de la journée. Nous sommes fourbus mais tellement contents d’être là après ces mois de préparation, d’entraînement, de palabres et de négociations. La détente est totale, même si une petite appréhension commence de poindre au fond de nous : la journée de demain risque d’être rude, avec la montée à Chencha et les conditions d’hébergement inconnues.

Pour le moment nous refaisons le monde devant un panorama extraordinaire au soleil couchant. Nous comprenons l’émotion de certains explorateurs découvrant les merveilles du continent africain au siècle dernier. Le dîner est servi sur la terrasse : soupe maison, filets de perches du Nil grillés(un excellent poisson abondant dans les lacs de la vallée du Rift), légumes cuits, fruits, le tout arrosé d’un excellent vin rouge éthiopien qui coule tout seul ! Par contre nous bannirons toujours les crudités, les fruits que nous ne pouvons peler, les glaces et les glaçons dans les boissons.

Un derniers bunna (café) sous un ciel étoilé comme nous n’en avons jamais vu chez nous et nous rejoignons nos chambres. Et soudain un violent orage éclate sur les montagnes qui nous dominent et sur les lacs au loin. En quelques minutes des trombes d’eau transforment le sol en bourbier puis cessent aussi soudainement au bout d’une heure. Il fait chaud et humide et nous nous couchons en espérant ne pas être assaillis par les moustiques cette nuit.

 

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