Les collines d'Entoto

 

Dimanche 15 novembre : premiers tours de roue

Après une première nuit réparatrice et un copieux petit déjeuner continental nous nous équipons pour notre première sortie à VTT en Ethiopie, histoire de contrôler les montures et de s’habituer gentiment à l’altitude (2400m et plus), au climat et à l’ambiance que nous allons rencontrer au long de notre raid. Nous savons que la traversée des quartiers nord d’Addis sera dépaysante pour nous, et surtout que la montée vers les collines d’Entoto dominant la capitale à 3000m va être rude !

photo1.jpg (387999 octets)Après quelques réglages dans la cour de l’hôtel et quelques photos pour la postérité nous arrivons sur la grande artère reliant les quartiers nord-ouest au centre de la ville. Comme c’est dimanche la population est dans les rues, souvent pour se rendre à l’église (les Ethiopiens sont très croyants et pratiquants, les fidèles ne trouvent pas tous place à l’intérieur et remplissent souvent les parvis) ou simplement se promener en famille jusqu’aux nombreux marchés de quartier. Les premiers tours de roue sont étranges pour nous. Nos sentiments sont mélangés entre le plaisir d’être enfin plongés dans la réalité d’AbyssiRaid et de pouvoir rouler dans ce fantastique pays, et en même temps le sentiment d’être regardés comme des bêtes curieuses. Car notre route nous mène jusqu’au centre de la ville en passant par les grandes artères et les ronds-points les plus encombrés ! Nous essayons de nous concentrer sur la route à suivre, mais c’est difficile car partout les gens accourent sur le bord de la route en nous crient les fameux "faranji" (étranger, blanc) et "you" (toi, vous), expressions sans racisme ni connotation négative.

 

La traversée d'Addis Abeba

Bien qu'équipés d'un bon plan de la ville nous sommes malgré tout un peu perdus, tant ce monde est nouveau pour nous, avec sa foule, son ambiance, ses odeurs, ses mendiants,... Nous suivons les grandes rues et essayons de nous retrouver sur les grands ronds-points nombreux au centre-ville. Plusieurs fois nous nous arrêtons pour regarder le plan et des jeunes viennent spontanément nous parler et nous indiquer le chemin en regardant nos VTT avec surprise et admiration : les fourches télescopiques et les amortisseurs surtout semblent intriguer des jeunes plus habitués à de simples BMX ou des vélos chinois mono-vitesse. Nous passons devant l'immense hôtel de ville d'Addis où une équipe de la télévision éthiopienne est en train de filmer. En nous voyant passer, habits de couleur, casques et vélos étranges, ils braquent aussitôt leur caméra sur nous et nous filment tout le temps que nous sommes dans leur champ ! Progressivement la route s'élève en traversant le quartier de l'Université très animé et populeux. La circulation est réduite, mais les bus et les voitures crachent des nuages de fumée auxquels nous ne sommes plus habitués : je sens qu'en Ethiopie j'aurai droit à une sacrée dose de poussière noire sur les poumons. Puis nous trouvons enfin la route qui monte directement sur Entoto, bordée de chaque côtés par les bancs des marchands : c'est le marché du dimanche, particulièrement encombré, avec une foule qui s'écarte pour nous laisser passer et des gens qui nous touchent au passage. Nous retrouverons cette habitude tout au long de notre raid. Cela fait partie des moeurs de pouvoir toucher un étranger, les gens ont le sentiment que la peau d'un blanc est différente de la leur et veulent s'en convaincre. Cela n'est pas méchant et nous amuse toujours.

 

Une rude montée

photo15.jpg (386714 octets)Nous quittons maintenant la ville proprement dite pour traverser des hameaux et des champs disséminés dans la forêt d'eucalyptus qui domine la ville. Nous croisons de nombreuses femmes descendant vers les marchés, croulant sous le poids des fagots de bois qu'elles portent sur leur dos. Certaines sont très jeunes (une dizaine d'années) et nous n'osons imaginer l'état de leur dos d'ici quelques années. Chaque fagot doit bien peser 30 à 50 kg !

L'altitude croit rapidement et la montée en lacets est très rude, mais le coup d'œil sur la ville et les nombreux sourires des gens qui nous regardent passer nous stimulent. Nous nous efforçons de beaucoup boire, car même si la température est agréable le soleil tape dur. Quelques réglages de selle qui couine ou de freins qui frottent nous obligent à nous arrêter. Aussitôt de nombreux enfants accourus des maisons et cases environnantes nous entourent. Tous sont souriants et veulent toucher nos montures. C'est un avant-goût de ce qui nous attend dans le sud du pays où les gens sont beaucoup moins habitués à voir des faranjis sur de pareils engins !

 

Les fameux eucalyptus éthiopiens

Toute la forêt qui nous entoure est composée avant tout d'eucalyptus à différents stades de leur croissance. Cet arbre particulier a une histoire en Ethiopie. Le déboisement intensif a toujours été un fléau pour le pays, les gens cuisinant avant tout au bois ou au charbon de bois. A la fin du siècle passé l'empereur Ménélik II décida d'endiguer ce phénomène qui ronge les sols et rend la terre stérile. La désertification n'est pas un mal de notre siècle ! Un jour quelqu'un lui offrit un jeune eucalyptus tout droit importé d'Australie, son lieu d'origine. Devant les extraordinaires propriétés de cette variété d'arbre Ménélik décida de le planter sur une vaste échelle sur les collines d'Entoto dont il avait fait momentanément sa capitale avant que son épouse, l'impératrice Taitu, le convainque de s'établir à Addis Abeba, au pied des collines.

La particularité la plus intéressante de l'eucalyptus est sa croissance extrêmement rapide qui lui permet d'atteindre une hauteur de 20m en 10 ans ! De plus son bois donne un charbon de bonne qualité et des poutres et planches très solide. Il a donc tout pour plaire et pousse facilement sous le climat éthiopien jusqu'à une altitude élevée. Mais sa plantation systématique fait que des régions entières subissent les conséquences d'une monoculture au détriment des espèces indigènes à croissance plus lente.

Nous verrons sur toute les collines d'Entoto des plantations bien ordonnées de jeunes eucalyptus aux feuilles larges et bleutées ou argentées, et de sujets plus âgés aux longues feuilles vertes. Ne manquent que les koalas !

 

La vue sur Addis Abeba

Après un dernier bout très raide la route débouche sur le petit plateau devant une des plus célèbres églises octogonales d'Ethiopie : Entoto Maryam, érigée par Ménélik II et qui abrite un musée à sa mémoire. L'endroit grouille de mendiants qui nous entourent aussitôt que nous approchons. Comme ils sont de plus en plus pressants nous continuons la route qui suit la chaîne de collines à l'ouest. Les paysages sont à couper le souffle. Au nord nous dominons toute la plaine qui va jusqu'aux gorges du Nil Bleu et les montagnes des provinces du Gojam et du Wolo. Les champs sont nombreux et couverts de céréales sur le point d'être moissonnées. De nombreuses fermes et des pâturages parsèment les collines qui nous font penser à des paysages du Jura ou des Vosges. Mais les quelques enfants qui nous entourent et qui nous demandent des bonbons nous plongent dans la réalité des lieux.

Au sud la vue est impressionnante sur Addis Abeba et sa plaine. La ville est immense et couverte d'un léger voile bleuté dû à la fumée des feux d'eucalyptus qui brûlent en permanence toute la journée. Nous pouvons repérer toutes les grandes artères de la ville, l'aéroport de Bolé au loin, les quartiers traversés lors de notre montée.

 

Des pâturages et une flore alpine

photo14.jpg (305425 octets)photo35.jpg (338714 octets)Nous nous enfonçons dans les collines à l'est d'Entoto, sur des pistes traversant des pâturages où paissent des troupeaux de vaches à bosse et de nombreux moutons et chèvres. Un cavalier monté sur un petit cheval nous dépasse au galop et nous salue au passage. L'herbe est rase et la flore très alpine : nous retrouvons des espèces dont les cousines poussent dans les Alpes à une altitude plus basse. Ici nous sommes à 3000m avec de nombreuses forêts et des fleures abondantes. Nous sommes très impressionnés par tout ce que nous voyons et aussi par le calme et la sérénité des lieux, pourtant seulement à une dizaine de kilomètres du centre d'Addis. Des bûcherons nous indiquent la route à prendre pour aller encore plus loin vers l'est. Nous sommes seuls et heureux de découvrir ce monde extraordinaire.

 

Un retour sportif

photo36.jpg (13136 octets)Sur le chemin du retour un anglais expatrié nous recommande de prendre une bonne piste longeant les collines vers l'ouest pour rejoindre la route du nord qui nous permettra de descendre sur Addis par une autre route. Nous suivons son conseil qui s'avère partiellement juste : si la piste est bien là, elle est loin d'être bonne ! Les gros cailloux tranchants qui la couvrent nous mettent à rude épreuve et nous obligent à sortir sur les sentiers à vaches pleins de sable et de poussière. Nos avant-bras sont tétanisés lorsque nous atteignons le col de la route reliant Addis à Gondar.

Nous retrouvons la civilisation et les fumées et gaz d'échappement des nombreux bus et camions qui gravissent péniblement cette route très raide. Quelques photos au milieu des gamins du lieu accourus en nombre et déjà nous plongeons vers Addis sur une route asphaltée aux nombreux nids de poule gros et profonds comme une fontaine de village ! Nous dévalons à grande vitesse et dépassons tous les véhicules dont les chauffeurs manquent parfois de plonger dans le fossé tant ils sont surpris. L'arrivée sur un grand boulevard de la ville à 70 km/h ne passe pas inaperçue non plus, au milieu de voitures ne roulant pas à plus de 40 km/h !!! Et c'est fourbus mais heureux, avec dans la tête plein d'images merveilleuses, que nous retrouvons nos épouses qui ont fait le marché pendant notre virée. Muna est soulagée de nous revoir, elle qui avait si peur de nous laisser partir à l'aventure sans guide éthiopien sur des routes qu'elle connaît mal. Elle se serait crue responsable en cas de problème ou d'accident.       

Bilan du jour : 38 km
  + 600 m

 

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