Les premiers jours

 

Samedi 14 novembre 98

Il semble que nous soyons attendus à l’hôtel Motera : tout le personnel se précipite pour prendre en charge nos bagages et les monter dans nos chambres. Nous sommes logés dans une partie tranquille de cet hôtel sympa, les chambres sont simples, confortables et propres.

Pendant que les dames se rafraîchissent nous remontons en un tour de main nos VTT qui n’ont absolument pas souffert du voyage. Les pneus sont regonflés à 4,5 bar et les freins réglés. Un petit fax en Suisse pour rassurer les familles et nous voilà partis pour notre première rencontre avec une famille éthiopienne.

Nous nous retrouvons tous pour le déjeuner chez Muna dont la famille s’est mise en quatre pour nous préparer un repas traditionnel : un immense plat d’injera (crêpes de teff, une céréale typiquement éthiopienne) avec différentes viandes en sauces plus ou moins fortes. C’est délicieux et cela se mange avec la main droite. L’expérience est surprenante pour ceux d’entre nous qui n’ont jamais goûté à la cuisine éthiopienne !

 

Notre premier café éthiopien

Cette première expérience de l’extraordinaire hospitalité éthiopienne ne saurait s’achever sans la cérémonie traditionnelle du café (bunna en amharique), café dont l’origine semble être la ville de Kaffa dans le nord du pays. Cette préparation particulière est une marque de respect vis-à-vis des hôtes de la famille et revêt une grande importance dans ce pays empreint de traditions. Nous y sommes d’autant plus sensible.

La personne préparant le café (toujours une femme) dispose devant elle une natte sur laquelle sont disposés des herbes, un brasero contenant du charbon de bois, un petit meuble bas pour les tasses et le sucre, quelques morceaux d’encens (une résine odorante), une cafetière en terre à long cou et une coupelle en tôle contenant les grains de café pas encore torréfiés. Tout l’art est dans la manière de rôtir ces grains sur le brasero : trop et le café aura un goût de brûlé, trop peu et le café sera amer. Comme les grans de café qui rôtissent se mettent à dégager de la fumée, l’officiante brûle un peu d’encens sur la braise afin de parfumer l’air qui devient lourd. Les grains rôtis à point sont alors écrasés dans un petit pilon. La poudre obtenue est versée dans la cafetière à laquelle on ajoute de l’eau. Le tout est ensuite disposé sur le brasero. Il n’y a plus qu’à attendre que l’alchimie se fasse et que le nectar soit à point. Le résultat est au-delà de nos attentes : un café comme on en boit plus chez nous, pur, naturel, certains diraient "écologique" ! Les éthiopiens le boivent très sucré (trois à quatre cuillers de sucre pour une petite tasse ne sont pas rares !), et leur surprise est grande lorsqu’ils nous voient le boire pur, sans sucre.

La torréfaction et la coulée ont duré près d’une demi-heure mais l’attente est largement récompensée par un nectar formidable et terriblement convivial : les langues se dénouent et les conversations vont bon train, même si le seul trait d’union est la langue anglaise, que seuls les gens ayant voyagé ou fait des études parlent couramment.

 

Premières négociations

Un tour au marché d’Addis Abeba le confirme : le célèbre Mercato est bien le plus grand marché ouvert d’Afrique. Cette ville dans la ville couvre près de 100 hectares bourrés de magasins, d’échoppes, de boutiques parfois sur deux mètres carrés. Nos cheveux blonds (Serge, Claude et Daniel se sont décolorés les cheveux en blond paille), les yeux bleus à Patricia et ma grande moustache en guidon de vélo (on n’est pas vététiste pour rien !) ne sont pas de nature à nous rendre inaperçus dans ce dédale de ruelles bondées où nous sommes les seuls faranjis (étrangers, Blancs pour les Ethiopiens) au milieu de milliers de gens de couleur !!! Les rires et les remarques en amharique fusent, mais toujours sans méchanceté selon notre traductrice Muna.

Le soir à l’hôtel nous retrouvons Tirunesh, notre bonne fée de l’aéroport, et son ami Solomon, ingénieur chez Ethiopian Telecom, avec qui je correspond par e-mail depuis une année et qui m’a aidé à préparer AbyssiRaid. Quel plaisir d’avoir en face de soi la personne que l’on a appris à découvrir par clavier et écran interposés.

Puis arrive le propriétaire du véhicule 4x4 que nous allons louer. Le prix convenu depuis plusieurs mois est d’emblée remis en question lorsque la personne découvre ces 5 faranjis attablés autour d’un bon repas d’hôtel. Les négociations vont prendre plus d’une heure, avec quelques coups de gueule de ma part et une grosse colère de Muna qui se sent ridiculisée par ce lointain cousin qui cherche à nous arnaquer. Pour finir on se met d’accord sur le prix (celui annoncé depuis des mois !) et les modalités (essence, dépôt,…). Le véhicule est un Toyota LandCruiser à essence qui paraît en bon état. Le chauffeur doit partir le dimanche et rejoindre le sud du pays en trois jours, afin d’être à l’aéroport d’Arba Minch le mardi après-midi lorsque nous arriverons par avion.

 

Lundi 16 novembre : nouvelles négociations !

Le lundi nous nous rendons à l’ambassade de Suisse pour y déposer notre itinéraire et nos numéros de passeport pour des raisons de sécurité. L’attaché d’ambassade qui nous reçoit est rassuré et nous donne quelques recommandations : ne pas camper, ne pas s’aventurer sur les routes la nuit. Mais la région où nous allons est sûre, les zones à risques sont au nord à la frontière avec l’Erythrée.

Ensuite départ à la banque où nous changeons officiellement quelques dollars, opération qui est inscrite sur notre feuille de contrôle des changes. Le taux est moins avantageux qu’au marché noir du Mercato !!! Notre prochaine visite est pour Ethiopian Airlines. Il s’agit de confirmer nos vols de retour et surtout celui du lendemain pour le sud. Et là surprise de taille : sur les six places réservées, trois sont confirmées, les trois autres en liste d’attente ! Ce qui veut dire en clair que seules trois participants pourrons partir pour Arba Minch. C’est la catastrophe pour le début d’AbyssiRaid…

Dans ces cas-là la première règle est de ne pas s’énerver, de tenter de garder son calme et surtout de ne pas braquer son interlocuteur. La discussion commence et petit à petit, après quelques coups de fils, on s’achemine vers un début de solution, mais sans garanties. La compagnie aérienne nous rappellera ce soir. Après une promenade au centre de la ville, retour dépité à notre hôtel. C’est que le véhicule 4x4 est quelque part sur la route vers notre destination sud, impossible de le contacter. J’envoie très rapidement un fax au bureaud de la compagnie EA qui nous a fait les réservation à Genève pour qu’elle fasse pression sur le quartier général à Addis. En début de soirée, téléphone d’Ethiopian Airlines qui confirme 5 passagers sur 6, il s’agira de se battre demain pour que le groupe voyage au complet !

 

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